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1891 - Emma, la femme dispendieuse de Pierre

Emma vers 84 ans

Emma Demeyer, née Van Meerhaeghe, se faisait appeler Bonne Maman par ses nombreux petits enfants. J'étais tout petit garçon quand elle m'a expliqué qu'elle seule était ma vraie maman, la bonne. Pas ma mère qui n'était pas ma vraie mère. Je ne comprenais rien à ses affirmations et je n'avais retenu qu'une seule chose: quand elle m'embrassait, elle me piquait avec ses poils de menton. 

Mais était-elle vraiment une bonne maman? Il faut bien le dire: elle avait un grain et même, elle était gravement atteinte d'égocentrisme psychotique.


Née en 1891 et dernière fille d'une fratrie de 10 enfants, Emma a été élevée de manière rigoureuse par une mère énergique. Son père François, doux et poète, se réfugiait dans la musique pour échapper à ses neuf femmes autour de lui. 

La folie des grandeurs

En fourrure d'astrakan
Comment a-t-elle connu le fils de famille Pierre Demeyer? Mystère. Leur mariage a débuté de manière romantique par un mariage en Angleterre. Après des débuts difficiles, le couple roulait sur l'or et la fille du sabotier s'est transformée en Madame Tape-à-l'œil pour éblouir tout le monde. Ainsi, la famille a emménagé dans un luxueux hôtel particulier richement décoré à Valenciennes et roulait en voitures coûteuses. Madame aimait les bijoux et les fourrures. Ici, elle s'est fait photographier en manteau d'astrakan (valeur autrefois 5/7000 €).

Dans les affaires que j'ai récupéré après son décès, il y avait une malle de voyage en mauvais état. Très encombrante, j'ai l'ai laissée dans ma maison de campagne du Perche lorsque je l'ai revendue. J'ai découvert ensuite que cette malle Vuitton 1935 avec penderie, tiroirs et même un fer à repasser miniature est vendue actuellement 20.000 € d'occasion (voir).

De même, rien n'était trop beau pour ses enfants. Nounou, tennis, éducation bourgeoise stricte, école privée, etc. Par exemple, comme le montre cette photo, les garçons Pierre et Georges ont fait leur communion en habit, avec chapeau haut-de-forme, gants blancs et chaussures vernies. 

Un dictateur familial

Emma prétendais tout savoir et décidait de tout. Un jour, un médecin est venu voir les enfants et elle lui a donné la liste des médicaments qu'elle pensait indispensables à mettre sur son ordonnance. Elle lui demanda "Est-ce que vous me conseillez quelque chose pour leur bien-être?" le médecin agacé lui dit : "Madame, je crois qu'il serait bien de leur donner du caviar tous les matins". Et mon père Roger m'a dit qu'ainsi, ils mangèrent du caviar pendant quelques jours avant qu'elle ne se rende compte de la coûteuse moquerie.

Emma était le cauchemar de ses belles-filles. Elle les assaillait de conseils et leur disait ce qu'il fallait faire et ne pas faire pour ses chers garçons. Vous pensez ! Ces filles lui avaient volé ses garçons.

Les quatre enfants sous sa coupe

Solange a reçu une éducation "prout prout" qui lui a collé à la peau. Réservée comme il convient à une jeune fille de bonne famille, un tantinet guindée et pas très jolie, elle n'a pas trouvé mari à sa convenance et elle est restée célibataire.

Pierre, Pierre Georges, Georges, Roger, Solange, Emma. Photo vers 1932

Pierre s'est marié avec Marcelle Piques et a vécu à Limoges avec ses 8 enfants et eut beaucoup de petits enfants. 

Georges s'est marié avec Marguerite Guilleaume et eurent cinq enfants. Ils vécurent principalement en Normandie et surtout à Caen. 

Roger s'est marié avec Jeanne Hauterive et ils eurent deux enfants dont moi. Nous habitions à Paris 17e.

Il est certain que notre Bonne maman nous a marqué de son empreinte et même de son grain de folie qu'elle a communiqué à certains de ses descendants, les uns dépensant sans compter l'argent qu'ils n'avaient pas, d'autres collectionnant les châteaux en ruine. Elle est décédée le 5 décembre 1983 dans une maison de retraite à Villers-Bocage à 92 ans.

Je plains mon grand-père qui est resté jusqu'au bout avec sa femme et qui a accepté tous ses caprices, ses folies, ses colères et ses manies. 

Mais beaucoup ignorent qu'Emma est devenue Régente du Monde. Ceci est une autre histoire.

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Photo vers 1932 de gauche à droite:

Pierre, Pierre Georges, Georges, Roger, Solange, Emma.
(Remarque: mauvaise tradition que de donner ses propres prénoms à ses fils. Difficile de parler de Pierre sauf en disant "le père" ou Pierre 1...

Lire les articles suivants vers la période contemporaine

 

Emma van Meerhaeghe régente du Monde


Une conseillère politique tous azimuts

Ma grand mère Emma Van Meerhaeghe racontait à qui voulait l'entendre tout le bien qu'elle a fait dans le monde. Elle a vécu les deux guerres et elle s'intéressait beaucoup à la politique. Bien sûr, elle savait ce qu'il fallait faire pour tout régler et intervenait à tout bout de champ. Elle écrivait à tout le monde de sa petite écriture serrée, des lettres de trois ou quatre pages recto-verso et n'ayant pas fini de traiter le sujet, elle remplissait tous les espaces vides sur les côtés, rendant difficile la lecture totale de ses missives transformées en jeu de piste. 

Emma écrivait aussi bien à Pétain qu'à De Gaulle
Elle écrivait à Hitler, à de Gaulle, au Président du Conseil, à Pétain...  Elle prétendait qu'après avoir écrit à Laval, son fils Pierre qui a été soldat et fait prisonnier a été libéré par les Allemands. En fait, il s'est évadé de manière rocambolesque habillé en fille. Georges n'a pas eu cette chance et a été libéré en 1945.

Après son décès, j'ai vu un carton plein de réponses à ses courriers. Je me souviens d'une carte signée Charles de Gaulle avec la réponse suivante: "Chère Madame, nous avons bien reçu votre courrier et nous vous assurons que nous sommes à l'écoute de vos remarques." Réponse toute faite qui la confortait dans sa folie. Malheureusement, avant que je ne puisse revenir et trier ces documents, tout a été brûlé par ses fils.

 

Tribune d'honneur pour VIP

Le 1er septembre 1959, Charles de Gaulle vint à Valenciennes. Il y avait une tribune d'honneur pour les invités. 

 

Emma se présenta à l'entrée car c'est évident qu'avec tout ce qu'elle avait fait pour la France, elle devait être présente. Le policier lui demanda son invitation. Elle répondit courroucée : "Mais monsieur, je suis Madame Demeyer! Vous ne savez pas qui je suis? Je n'ai pas besoin de cartons." Dans le doute, il la laissa rentrer et s'installer.

La politique par ondes magnétiques

Une autre fois, début 1973, nous étions en train de dîner dans notre appartement du boulevard Malesherbes quand nous entendîmes la sonnette. Ma mère alla ouvrir et l'on vit entrer Bonne maman avec une valise. Nous étions stupéfaits car elle prévenait toujours pour qu'on aille la chercher gare du Nord.
- Mais maman! qu'est-ce que tu fais à Paris? demanda Roger mon père
- Je suis venue pour participer aux négociations de la Paix pour le Vietnam avenue Kléber. Cela fait cinq ans que les Américains et les Vietnamiens discutent sans avancer. Alors je suis venue pour conclure la paix.

- Ah... Et ils t'ont laissé rentrer ?
- Non, les gardiens n'ont pas voulu. Je leur ai dit qui j'étais mais ils ne m'ont pas laissé rentrer.
- Mais il est tard ! Qu'est-ce que tu as fait ?
- Et bien je me suis assise sur un banc devant l'Hôtel et j'ai pensé très fort à cette guerre abominable et je leur ai envoyé des ondes pour qu'ils signent enfin la paix. Mais il ne faisait pas très chaud et je suis venu vous voir.

Dix jours plus tard, un armistice était signé et ma Bonne maman était persuadée que c'était grâce à elle et à son magnétisme. J'avoue qu'à l'époque, je me suis posé des questions.

1846 - Les Van Meerhaeghe, la famille collet-monté


Les "Mormons"

Mormons vers 1900
Habillés tout en noir, du cou jusqu'aux chevilles... j'ai surnommé cette famille "les Mormons" quand j'ai vu cette photo de 1910. 

Emma, la future femme de Pierre est là, au premier rang à gauche, assise à côté de sa sœur jumelle Léontine en blouse blanche. Elle avait 19 ans et était enceinte de Solange.

François Van Meerhaeghe (le père) est né à Berchem (1846-1918), près de Bruxelles. Il s'est marié vers 1872 avec Aurélia de  Baere (1850-1923). 

Comme on le voit, ils ont créé une famille nombreuse: ils ont fait dix enfants (de 1873 à 1910).

Dix enfants

  1. Charles Julien 1884-1949                 Marié avec Maria Verdonck 1870-1952
  2. Marie Odonie 1874-1965                  Mariée avec Charles Louis Antrop 1869-1920
  3. Maria Elisa Adolphina 1876-?           Mariée avec---
  4. Marie Euphemie 1878-?                    Mariée avec Aristide Bureau 
  5. Amedée Charles 1873-1948             Marié avec Noémie Joséphine VERSTRAETE
  6. Marie Celina Hermina 1883≈1954    Mariée avec Omer Van de Poele
  7. Marie Céleste 1885-1960                  Mariée avec Marcel Varlez
  8. Sulma Malvina 1887-?                      Mariée avec Paul Dupuich
  9. Emma Maria 1891-1983                  Mariée avec Pierre Demeyer
  10. Léontine Clémentine 1891≈1970     Célibataire  - jumelle de Emma - 

Voir l'arbre généalogique d'Emma Van Meerhaeghe (voir)

 

Un sabotier fils de sabotier

Artisan sabotier au XIXe siècle
François exerçait un métier destiné à disparaître: il avait un atelier de fabrication de sabots hérité de son père Charles (1822/1900). 

"Mon père était très mélomane" me disait Emma ma Bonne Maman. "Il écoutait sur son phonographe de la grande musique et il chantonnait des airs d'opéra en travaillant".

On voit sur la photo du haut qu'il n'était pas pauvre: beaux vêtements tirés à quatre épingles et belle maison. Mais Louis Demeyer, le bourgeois devenu riche, a estimé que s'unir à un sabotier était une mésalliance. C'est pourquoi son fils Pierre s'est marié avec Emma contre son gré en Angleterre (lire ici). Mariée, elle menait grand train. Veuve en1942, elle s'est mise dans la tête de changer le monde (lire)

Le nom flamand "meer haeghe" signifie "la haie du lac". C'est ainsi qu'une de nos cousines est devenue star du X sous le pseudo de Brigitte Lahaie avant de devenir animatrice de radio en 1980.


J'ai connu...

Je n'ai guère connu cette famille sauf Mariette, la fille de Maria, mariée avec Marcel Varlez, ainsi que sa petite fille Ariane Selliez (mariée à Claude Feihle décédé en 2020). Ariane (née en 1947) habite toujours à Antoing.

Palmyre, épouse Dupuich, habitait un grand appartement à Versailles et nous allions de temps en temps la voir le dimanche au milieu de bouchons incroyables. 

Elle a eu une fille (Françoise) qui est partie vivre aux USA et une autre (Giselle) partie s'installer au Brésil avec son mari et ses deux enfants.

J'ai connu également Mina (Hermina) mariée à un monsieur Van de Poele vite décédé. Elle avait de l'argent et j'ai connu un pique assiette sans vergogne qui lui soutirait des sommes conséquentes. Elle a vécu longtemps à Nice dans son appartement de la place Magenta avant que je la vois mourir dans la misère à l'hôpital d'Antoing.

Léontine Éliane la volubile

Quant à Léontine, la sœur jumelle de ma grand-mère, elle n'aimait pas son prénom. Elle a préféré se faire appeler Éliane. C'était aussi un personnage. Elle est restée célibataire et se débrouillait toute seule. Elle disait vendre des bijoux fantaisie mais je ne sais pas à qui et quand tant elle passait de temps à venir nous voir à la maison. Pourtant, elle ne semblait pas avoir de problèmes d'argent.

Je n'ai jamais connu une personne aussi bavarde qu’Éliane. Je l'entendais raconter pendant des heures des histoires sur des personnes inconnues à ma mère douée d'une patience infinie. "Bla bla bla dit-elle". Elle racontait les dires des autres en les ponctuant de "dit-elle". Ma mère écoutait en répondant de temps en temps: "Ah? Ah bon! Tiens...", pendant qu'elle s'activait sur sa machine à coudre. Un jour, elle annonça  à ma mère très surprise "Vous savez, Madame Machin est fâchée contre vous". A force de raconter les histoires des unes aux autres, Éliane avait réussi à fâcher des gens qui ne se connaissaient ni d'Eve ni d'Adam.

La famille de Belgique a réussi à placer Éliane  qui perdait un peu la tête dans une maison de retraite à Bruxelles. Elle considérait cette maison comme étant son château. Elle avait même des courtisans et un soupirant (dit-elle).

Souriante, aimant rire, elle a toujours pris la vie du bon côté sans vraiment la comprendre et finalement, je crois qu'elle a vécu heureuse.


 

1911 - Solange Demeyer, une vie de dévouement

Mon Dieu...

Être la grande sœur de trois garçons turbulents, ce ne fut guère une sinécure. Elle était toujours de corvée pour aider sa maman Emma ou s'occuper de ses frères Pierre, Georges et Roger. Elle s'est occupée aussi de sa mère jusqu'à la fin. Elle était un peu son souffre-douleur silencieux.

Catholique très pratiquante, pas très jolie, pétrie de principes et de bonnes manières, elle a vu sa vie sentimentale entravée par une morale rigide et par sa mère qu'elle n'osait pas contredire.

Amoureuse du fils d'un notaire de Valenciennes, elle ne se décidait pas. Et lui non plus. Jusqu'au jour où il se maria avec une autre. Le chagrin de Solange fut tellement grand qu'elle rentra dans les ordres. Elle ne prononça pas ses vœux car la guerre interrompit ce cheminement vers Dieu. Elle est restée célibataire.

La compassion comme métier


Alors elle a décidé de consacrer sa vie aux malheureux et devint assistante sociale à l'hôpital Raymond Poincaré à Garches. Il concentrait la misère du monde avec des spécialités comme la poliomyélite et les grands traumatisés, essentiellement par accidents de voiture.

Elle travaillait beaucoup avec le Professeur Grossior qu'elle vénérait. Il dirigeait un service très innovant orienté vers la rééducation motrice de paraplégiques et de tétraplégiques. Elle nous racontait parfois des situations dramatiques auxquelles elle était confrontée et qu'il fallait qu'elle règle. Traumatisant pour elle aussi.

Sur la fin de sa carrière, elle est devenu Assistante sociale chef et a reçu la médaille de Chevalier de l'Ordre national du Mérite pour son dévouement.

Le quotidien de Solange

Elle n'était pas très douée avec son corps. Par exemple elle a passé le permis de conduire cinq fois avant de réussir à l'avoir.  Elle avait des problèmes de coordination de ses pieds avec ces foutues pédales. Ensuite, elle a acheté une mini Austin et n'a pas respecté un feu rouge. Quinze jours d'hôpital et plus de voiture.

Nous déjeunions parfois chez elle le dimanche, et rituellement, nous avions toujours droit à la même chose: un rosbif parfait, accompagné de pommes de terre à l'anglaise et de haricots verts.

Une fois, en fin de journée, je suis passé en voiture près de son appartement à Fontenay le Fleury et je suis allé la voir à l'improviste. Il était environ 19 heures et sa table était prête. J'étais très surpris de découvrir qu'elle avait mis une jolie nappe, qu'elle avait dressé de la vaisselle de Limoges et deux verres en cristal de St Lambert, de l'argenterie, et qu'elle avait sa serviette dans un rond. Toute seule, elle s'apprêtait à dîner comme si elle allait recevoir le prince de Galles. Respect.

Elle était toujours très bien habillée, et sortait coiffée d'un chapeau même quand ce n'était plus du tout à la mode.

Elle a réchappé à un cancer mais elle a commencé à perdre la tête. Elle s'est enfin décidée à partir dans une maison de retraite. Trop tard. Malheureusement aucune maison n'a voulu la prendre avec son Alzheimer. C'est ainsi qu'elle a tristement fini ses jours dans un hôpital sous curatelle. Une nuit, elle a voulu se lever et elle est mal tombée. Elle est décédée le 19 février 2005 à 93 ans.

Née en 1911, Solange a rejoint ses aïeux dans le caveau de Belgique en lieu et place de mon père enterré au cimetière du Mont Valérien.


Solange au restaurant devant son gâteau des 90 ans


 


1912 - Pierre Demeyer, Marcelle et leurs 8 enfants

Une forte personnalité

Mon oncle Pierre venait souvent chez mes parents à Paris. Il habitait Limoges. Enfant, il m'impressionnait car il bougeait beaucoup en parlant fort. Je pense maintenant que c'était pour se faire entendre et obéir de sa ribambelle d'enfants.

Tout môme, j'avais entendu que sa femme Marcelle Clique (née en 1920) avait "un souffle au cœur". Des médecins venaient de découvrir en 1957 une méthode pour opérer à cœur ouvert avec un tout nouveau matériel. Elle allait subir une des toutes premières opérations de ce type à Paris. Tout le monde était dans l'anxiété car l'opération était très risquée. Pierre qui fumait au moins deux paquets de cigarettes par jour a déclaré: "Si l'opération réussi, je jure que j'arrête de fumer". Heureusement, l'opération réussi et mon oncle arrêta de fumer du jour au lendemain, preuve de sa volonté. Preuve aussi de sa détermination, il a été fait prisonnier par les Allemands en 1942, mais il a réussi à s'évader la deuxième fois en se déguisant en fille.

C'était un bon vivant qui aimait bien manger. Quand je suis devenu adulte, il venait de temps en temps chez moi déjeuner avec mes parents. Une fois, j'avais réussi un beau gigot d'agneau que je servis avec une saucière. Il pris la saucière, regarda dedans et me demanda: "Mais où est le jus?".  Surpris, je lui dit qu'il tenait la sauce dans sa main. Il me regarda et me dit "Mais non, le jus". Je compris: "Le gras? Mais c'est très mauvais pour la santé, je l'ai jeté". Il entra en fureur "Le gras! Tu as jeté le gras! C'est le meilleur". J'étais stupéfait. 
 
Une autre fois, mon père avait dévissé le couvercle de la salière pour que le sel coule plus vite. Il l'a mal revissé. Mon oncle salait systématiquement sans goûter. Il secouât la salière et tout tomba dans son assiette. Tout en continuant à parler, il gratta vaguement avec son couteau le tas de sel sur sa viande toute blanche et continua à manger.  Hé bien non, Pierre n'est pas mort d'un AVC ou d'un crise cardiaque mais d'un cancer à 81 ans. 
 
Sa femme est décédée huit ans après l'opération en janvier 1967. Pierre s'établit à Le-Palais-sur-Vienne, à quelques kilomètres de Limoges où il avait fait construire une grande maison. Il tenait un cabinet d'assurance qui fonctionnait bien. Pierre et Marcelle eurent 8 enfants qui ont eu également beaucoup d'enfants. Beaucoup se sont regroupés en Touraine. Pierre est décédé en 1993 et repose dans son caveau à Le Palais.
 
 

Une famille nombreuse et solidaire

Les deux grandes sœurs se sont consacrées à leurs frères cadets avant et surtout après la disparition de leur mère. Cette famille très soudée a toujours fait jouer la solidarité dans l'adversité. Les mariages et baptêmes étaient nombreux et à chaque fois, c'était l'occasion d'une fête. Repas, DJ, musique et sono, animation et jeux, occupations pour les petits, tout était prévu et l'organisation bien rodée avec l'habitude. J'y étais invité et j'y allais avec le bonheur de retrouver toute la famille.

  1. Régine 1938-2020 - Vient de mourir
    Epouse Pierre Laporte. 2 garçons
  2. Christiane  1940
    Epouse Gabriel Rambault - 2 filles
  3. Pierrot 1944
    Marié avec xxx - 2 garçons
  4. Guy 1946-1999 - Enfants?
  5. Bernard 1947
    Marié avec Danielle Cardonna
  6. Chantal 1948
    Mariée divorcée d'avec xxx - 1 garçon, 1 fille
  7. Philippe 1950
    Marié avec Brigitte x
  8. Daniel  1951-1996 (décédé d'un cancer)
    Marié avec xx - Enfants

 


 

1913 - Georges, Marguerite et leurs cinq enfants


De g. à d. : Marc, Georges et Annie, Albert Guilleaume (grand-père maternel), Claude-Alain, Gérard (vers 1952 à Hermanville). Ci-dessous: Marguerite

Passionnément amoureux jusqu'à la fin

Georges est né en 1913 à Valenciennes. Il s'est marié avec Marguerite Guilleaume avec laquelle il a vécu une passion fusionnelle. 

Comme son père Pierre-Georges, il s'est marié sans le consentement de sa mère la terrible Emma. Quand il lui présenta enfin, elle regarda sa bru de haut en bas et dit seulement: "Elle est mal habillée". 

Georges était mon parrain. Il m'a aidé lorsque j'ai monté ma première entreprise en me prêtant une petite somme pendant 6 mois. Prudent... Je me souviens de lui à cause de son tic qui m'intriguait quand j'étais enfant.  Il avait une sorte de haussement d'épaule comme pour remettre en place une veste qui glisse. Il a perdu ce tic en prenant sa retraite...

(Photo: de g à d: ma mère Jeanne, mon frère Bruno,
Marguerite, moi Patrick, Annie)

 
Ma famille allait de temps en temps les voir et même faire des petits séjours à Hermanville-sur-mer ou Villerville car ainsi, nous profitions de la plage avec les cousins.

Georges était avocat avant la guerre. Il fut prisonnier pendant cinq ans. À son retour, il a suivi une carrière dans l'enseignement qui l'a mené dans différentes villes de France. Il a finit sa carrière comme censeur au lycée Malherbe à Caen puis comme principal dans un collège à Cherbourg.

Marguerite (1912-1995) a été professeur de gymnastique pendant 16 ans. Elle avait un caractère entier. Elle maniait un humour caustique et avait parfois des répliques cinglantes. Très exclusive, elle ne voulait pas d'enfant et n'aimait pas les bisous. Mais le destin en a décidé autrement.

Cinq enfants dont quelques originaux

 

Marc, né en 1936, était d'une intelligence brillante et très habile de ses mains. Tout jeune, il aimait faire des maquettes d'avions et de bateaux. Je me souviens qu'il a confectionné un vrai kayak en bois à 17 ans. Sa passion l'a conduit à monter une société de vente de bateau et d'accastillage (Cimer). 

Agrégé en mathématiques, il devint professeur. Il avait une multitude d'occupations extra-professionnelles comme jouer au Schmilblic et au Tirelipote. Il gagnait trop souvent et les radios durent modifier plusieurs fois le règlement de leurs jeux pour éviter de retrouver tout le temps ce Marc Demeyer comme gagnant à répétition. Et son jeu était double: trouver les réponses et déjouer les nouveaux règlements.

Marc avait aussi la passion des voitures anciennes qu'il bricolait et surtout qui rouillaient dans un hangar.

Le château de Lamothe-Chandenier vendu peu avant la mort de Marc

Une autre de ses passions était les châteaux en ruine. L'un d'entre eux, Lamothe-Chandenier a été racheté en 2018 (voir) un demi-million d'euros par un collectif de donateurs à 50€ la part. 

Marc s'est marié en 1963 avec Christiane Napoli avec qui il a eu deux filles, Corinne (1965) puis Patricia (1975) toutes deux mariées. Marc est décédé en 2020.

Claude-Alain (1939-2020) était commercial d'un cuisiniste prospère avant de se mettre à son compte. Lui aussi aimait les châteaux !  Après des hauts et des bas, il finit sa vie dans les dépendances du château de son frère Marc avec (lui aussi) sa collection de voitures anciennes. 

Il s'est marié avec Dany (Danielle Béhot) qui lui donna deux garçons, François (1964) et Bertrand (1967). Pour mes 50 ans, j'avais organisé une fête de famille dans ma maison du Perche en 1995. Après avoir disparu pendant des années, il vint à la surprise générale avec une ancienne Maserati décapotable bleue. Et c'est là qu'il découvrit la fiancée de son fils Bertrand. Très fâché, il n'a pas donné son consentement à cette union. Il ne vit plus son fils et ne connu pas sa petite-fille. Décidément !

Gérard est né en décembre 1940. Il a vécu de manière discrète au Havre où il est devenu médecin et chercheur au CHU. Célibataire et libre, il préservait son indépendance et sa famille l'a surnommé "l’ermite". Il adore voyager et encore maintenant à 80 ans, il sillonne les routes et les pays avec son camping car. 

Annie est née en 1947. Artiste, passionnée de peinture, elle a consacré une partie de sa vie à la galerie Art 4 qu'elle a créée et qu'elle anime toujours à Caen. Mariée à un médecin, Robert Bonnet, elle a eu trois enfants: Olivier (1974), Emmanuelle (1975) et Nicolas (1979).

Yves est le petit dernier surprise. (photo)
Il est né en 1957, dix ans après sa sœur, alors que sa mère avait 45 ans. Devenu informaticien il a travaillé longtemps chez un constructeur automobile. Adepte d'un gourou chinois, il s'est mis lui-même à enseigner ses principes et sa technique de méditation. Il a épousé Jacqueline Piquemale et ils ont eu deux enfants: Frédéric (1987) et Sophie (1990).

Marguerite est décédée en 1995 d'un cancer de la peau qu'elle négligea comme des bobos sans importance, laissant son mari dans un profond chagrin. Il décéda sept ans plus tard en juillet 2002.

 


Georges et Marguerite en 1994 à la fête de leurs 60 ans de mariage
Marguerite décèdera un an plus tard.

 

 

1915 - Roger, Jeanne, mon frère et moi

Dernier fils de Pierre et Emma, Roger mon père était certainement le préféré chouchouté par sa mère. Très jeune, il avait eu une double mastoïdite, aboutissement très douloureux d'otites mal soignées, et sa mère lui passait tout. Cet enfant gâté est devenu un adulte gâté. Ma grand mère disait de lui "Tu comprends, c'est un artiste". En réalité, ce terme cachait une vie dissolue où sa famille n'était pas la première de ses préoccupations. 

(Étrange et unique photo du mariage en septembre 1942. Tout le monde était prêt sauf les mariés à gauche)

Roger et Jeanne, M. Tabouis avec Emma. Devant: les petites Christiane et Régine,
Derrière: Pierre-Georges Demeyer et Mme Nouaille (une amie de Limoge),
A droite: Solange et Monsieur X, Marcelle et son père




Né pendant la 1ère guerre en septembre 1915 à Limoges, Roger s'est marié à 28 ans pendant la 2e guerre à Isle près de Limoge en 1942. Ma mère, Jeanne Hauterive, m'a dit qu'ils sont restés fiancés pendant sept ans car elle a beaucoup hésité avant d'accepter ce mariage. Le caractère erratique et fantasque de mon père l'inquiétait. Elle avait raison.
 

L'éternel étudiant en architecture

 
Pendant longtemps, j'ai connu mon père allant à l'école des Beaux Arts. Il travaillait en parallèle dans diverses agences d'architecture pour gagner sa vie et il n’avançait pas vers son diplôme qu'il n'a jamais eu. Finalement, plus tard, il arrivait à décrocher des petits projets qu'il dessinait et qu'il faisait signer par un copain DPLG.  Il a aussi travaillé en Suisse et nous habitions à Thonon-les-Bains où mon frère Bruno est né en 1947.

La vie de patachon d'un dilettante

 
Le petit garçon gâté par Emma a eu besoin, devenu adulte, de se trouver des amis devant qui il pouvait briller en racontant tout et n'importe quoi. Ainsi, de plus en plus il fréquenta les bistrots où il s'était constitué une cour de pique-assiette qu'il entretenait au détriment de sa famille. 
 
Je me souviens d'un Noël qu'il a passé dehors à faire bombance avec ces amis inconnus alors que nous n'avions que des œufs et des pâtes à manger, plus un gâteau fait par notre mère exaspérée. Exaspérée car son mari avait donné l'argent qui restait à un de ses courtisans qui (disait-il) n'avait pas les moyens d'offrir des cadeaux à ses enfants. 

Nous habitions un bel appartement de cinq pièces boulevard Malesherbes dans le chic 17e arrondissement. Nous étions constamment en retard pour les loyers. Et en retard pour tout d'ailleurs. Je devenais tétanisé quand je devais répondre au téléphone. Il fallait de plus en plus souvent que j'écoute les menaces d'huissiers ou de gens à qui mon père avait emprunté de l'argent. 

(Photo: Roger et Jeanne vers 1964. Ma mère a toujours fait plus jeune que son âge. Elle est née en 1906 à Moulins. Elle avait 9 ans de plus que mon père. Ici, elle a environ 59 ans.)
 

Bruno, le chouchou taquin

 
Je suis né à Paris en février 1945 sous le régime de l'après-guerre et des tickets de rationnement. Et aussi de l'horrible huile de foie de morue qu'on faisait ingurgiter à tous les enfants pour leur bien... 
 
Bruno et un pansement.
Moi et un strabisme (soigné heureusement).

Mon frère Bruno est né en février 1947. Il était aventurier, prêt à tout essayer et s'est souvent fait mal ou brisé des os dans son enfance. Il était surnommé "Benoît Brisefer" par ma mère. Une fois, tout môme, il avait monté une chaise sur le coffre à jouet et il a essayé de grimper sur la chaise. Bien sûr, le tout s'est effondré dans un grand fracas et il hurlait par terre. Moi, je lisais un livre sur mon lit (j'ai beaucoup lu étant enfant et adolescent). Mon père surgit dans la chambre, il vit Bruno par terre, se précipita vers moi, et, sans se renseigner, me flanqua une sacrée fessée. J'ai souvent eu ce sentiment d'injustice car mon frère a pris ensuite un malin plaisir à me taquiner ou à me faire punir.
(Photo: Bruno avec un pansement. Et moi avec mon léger strabisme qui me complexait. Il a été corrigé ensuite)
 

Patrick le timide renfermé

 

Patrick à New York le 11 septembre 2015 - 70 ans
J'en voulais inconsciemment à mon père de nous négliger, j'en voulais à ma mère de tout passer à mon frère, j'en voulais à mon frère pour son comportement,  j'en voulais à l'école où mon extrême timidité me laissait en dehors des groupes d'amis. Mon frère était brillant à l'école et moi je peinais. Au Lycée Carnot, j'étais à la limite asocial. 
 
Je me réfugiais dans la lecture et dans la musique, dans la technologie de la haute-fidélité stéréo débutante et dans la photo et l'image, ce qui détermina mon futur métier. Après être rentré aux Beaux-arts en architecture (oui moi aussi), je me suis spécialisé dans la communication audio-visuelle en architecture, urbanisme, environnement, inaugurant en 1972 un métier tout nouveau qu'on appela plus tard "la communication institutionnelle". J'ai appelé cette vocation "le complexe de Démosthène". J'ai vaincu seul ma timidité et mes complexes et j'ai sublimé mes problèmes en faisant de la communication ma vocation. Combien de psychanalyste n'ont-ils pas réglé leurs propres problèmes avant de se décider pour leur métier? 
 
À la retraite, après une vie de travail acharné, j'ai enfin pu voyager et j'ai fait pratiquement le tour du monde (43 pays en tout). Je me suis constitué un patrimoine confortable et je me suis installé en 2010 à la Rochelle une ville que j'ai toujours beaucoup aimé.

La charnière de mai 68


L'atelier des affiches aux Beaux Arts
Avec Mai 68, révolution à laquelle j'ai participé aux Beaux-Arts, l'ambiance était devenue délétère à la maison. 
 
Nos opinions étaient très différentes entre mon père très à droite et moi-même. Pour éviter toute discussion, j'ai acheté une vieille télévision d'occasion aux puces et je l'ai imposée à la maison car mon père n'en voulait pas. Bien sûr, on regarda les informations pendant que l'on mangeait, ce qui coupait court à toute discussion. Lors d'une violente dispute où j'ai pris la défense de ma mère, mon père me dit "Patrick si ça ne te plaît pas tu prends la porte". Ce que je fis dans la semaine qui suivi. 
 
J'ai eu la chance de trouver un studio dans le quartier latin près de l'école des Beaux-Arts et du travail comme pompiste de nuit le week-end et pion de cantine puis dessinateur chez des architectes. J'ai appris à prendre des initiatives, à me débrouiller seul et j'ai monté plusieurs sociétés de communication qui ont bien fonctionné. Je devins également enseignant "de plein exercice" en Communication et Technique des médias à l’École Nationale des Ponts et Chaussées pendant six ans. J'ai monté le Service audiovisuel de l'ENPC.
 
En 1974, j'ai rencontré Béatrice Gillet avec qui j'ai fait Jérôme mon fils unique né en 1976. Nous nous sommes séparés en 1978 pour incompatibilité d'humeur. Elle habitait à Chateaubriand en Bretagne après s'être mariée avec l'employé d'un Club Med, et c'est mon père qui allait chercher mon fils et qui le ramenait à Paris, puis qui le ramenait chez sa mère. Vingt heures de train et de métro par week-end deux fois par mois...  Elle m'a confié Jérôme à temps plein à ses dix ans après son divorce.
 

Le destin des uns et des autres

 
(Notre immeuble au 147 Bd Malesherbes à droite à l'angle de la rue Viette. En face, c'est le Lycée Carnot où je fis mes études)
Roger
Ce qui devait arriver arriva. Après une saisie mobilière, mon père sans le sou décida de partir à la cloche de bois de notre bel appartement vers 1974 (photo). Il y vivait seul, tout le monde étant parti vivre ailleurs. Mon père trouva à loger à droite à gauche et se débrouillait je ne sais comment. Nous sommes restés brouillé très longtemps. 

Vers la fin de sa vie, il travailla sur un immeuble rue Brézin à Paris. Il reçu en rémunération une grande pièce en demi-sous-sol avec une courette qu'il n'aménagea jamais complètement. De toutes manières, le fisc et la sécurité sociale qu'il n'a pratiquement jamais payé ont réussi à le retrouver et saisi ce bien. Il se retrouva à la rue. J'ai réussi à lui trouver une résidence du 3e âge près de chez moi et obtenu des aides sociales suffisantes pour tout payer. Il décéda d'une crise cardiaque en 1988 à 73 ans. C'est jeune... c'est à cause de sa vie de patachon m'a dit ma mère. 
 
Aujourd'hui, j'en veux beaucoup à ma grand-mère Emma pour les dégâts psychologiques qu'elle a provoqué dans une bonne partie de sa descendance.
 
Jeanne
Ma mère trouva par des amis un emploi de dame de compagnie auprès d'une vieille femme malade et elle était logée sur place. Ce fut vers 1971 la concrétisation de sa séparation d'avec mon père. Auparavant, elle faisait de la couture chez elle et a pu amasser un petit pécule. Elle a dit à mon père, "Tu finiras sous les ponts mais pas moi". Ses économies l'ont bien aidée pour finir sa vie dans une bonne maison de retraite à Rueil-Malmaison. Les Cantous Emilie de Rodat étaient (et sont toujours) spécialisés pour les personnes atteintes d'Alzheimer. Elle est décédée en 1995 à 89 ans et a rejoint mon père au cimetière paysager du Mont-Valérien.


Bruno

Mon frère n'a jamais coupé le cordon ombilical. Il n'a pas eu la chance comme moi d'être mis à la porte et d'avoir à se débrouiller dans la vraie vie. Lui si punchy et brillant, est devenu une chiffe molle avec un discours pseudo révolutionnaire. Lutter contre la société était pour lui le prétexte parfait pour ne rien faire. Il m'a dit: "La société n'existe que pour être sucée jusqu'à la moelle". C'est ce qu'il fit. 
 
Béatrice et Virgil en juin 2016  
Il vécu comme un coucou chez ma mère, puis chez moi, puis chez mon père. Puis il s'est fait entretenir par des copines diverses parfois dans des squats improbables et des communautés de hippies avachis qui refaisaient le monde avec leurs lèvres. Il s'est stabilisé et a finit sa vie à Trouville avec Béatrice Méré qui lui donna un fils, Virgil (né en 1989). 
 
Bruno mourut en 2001 (54 ans) à cause de la maladie de Charcot qui l'a entièrement paralysé à petit feu. Il se laissa porter (et supporté) jusqu'au bout par Béatrice, une compagne admirable de patience et d'abnégation.
 

Bruno à Trouville quelques semaines avant sa mort


Une autre photo du mariage de mes parents pendant la guerre



Les descendants de 5e et 6e générations

 
Jérôme mon fils unique, Léonard le premier
de mes trois petits-enfants et moi. Photo juin 2013


 
Virgil, le fils unique de Bruno avec sa cousine Diane (Méré). 
Il venait de couper ses éternels cheveux longs - Photo en 2020 (31 ans)
 

1906 - Jeanne Hauterive, ma mystérieuse mère

La vie de château... si on veut

Le château d'Auzon aujourd'hui, toujours occupé par la famille de Durat


Ma mère ne parlait presque jamais de sa jeunesse. Et jamais de ses parents. C'est par bribes que j'ai recueilli des informations et des anecdotes. J'ai essayé ici de reconstituer le puzzle de sa vie. 

Dépendances du château

Ma mère est née Jeanne Hauterive à Moulins en 1906. Elle m'a raconté que certains hivers très froids, elle cassait la petite couche de glace dans sa cuvette de faïence pour se laver et qu'elle parcourait 6 km dans la froidure et la neige épaisse pour aller le matin à l'école. Certainement celle de Lucenay-lès-Aix. Tout récemment, j'ai retrouvé le lieu de son enfance dont elle m'avait donné le nom et que j'avais oublié. 

Elle habitait au château d'Auzon (voir).  Il y a 42 pièces et 17 chambres, mais elle logeait probablement dans une des nombreuses dépendances. En effet, ma grand-mère Antoinette Hauterive s'est mariée avec le jardinier principal du château. Il y en avait huit. Il a participé à la réalisation d'un beau parc de 20 ha dessiné par le Comte de Choulot (voir) et récemment classé au patrimoine national. Ma grand-mère devait être cuisinière tant ma mère savait préparer des plats succulents et parfois sophistiqués comme le veau Orloff. Elle connaissait beaucoup d'astuces du métier, ce qui ne s'improvise pas. J'en déduit donc que ma mère a hérité du savoir-faire de sa mère.

Antoinette, ma grand mère soigneusement cachée

 

Jeanne DEMEYER vers 1925
Photo la plus ancienne de Jeanne à Moulins vers 1925
Je n'ai jamais connu ma grand-mère. Bizarrement, ma mère a toujours prénommé sa mère Jeanne comme elle, même sur son acte de mariage (voir)... Je viens de trouver l'acte de naissance de Jeanne ma mère. Il y est écrit que sa mère s’appelait Antoinette Joséphine et avait 32 ans quand elle a eu sa fille. Grâce à cet âge, j'ai pu retrouver sa date de naissance, le 12 juin 1873 à Vitré en Bretagne. Pourquoi est-elle descendue à Moulins ?
 
[Édit. Je viens de retrouver la famille de ma grand-mère, les Hauterive et les Livenais. Et j'ai compris pourquoi elle ne parlait pas de sa famille. Lire l'article ici]

Elle s'est mariée le 28 août 1915 à 42 ans avec un veuf de 49 ans, Gilbert Favier, à Montoldre (à 32 km de Moulins) en déclarant qu'elle était domestique. Gilbert Favier était un homme frustre qui savait à peine écrire. Jeanne avait alors neuf ans. Elle logeait au château d'Auzon chez Favier qui avait quatre enfants d'un premier mariage.

J'ai également découvert daté de mars 1906 un acte de reconnaissance Jeanne par sa mère. Fille naturelle et donc de père inconnu. Elle m'a avoué une fois que son beau-père et ses enfants n'étaient vraiment pas gentils avec elle. Pourquoi? A cause de ça?  C'était le cas de 9% des enfants nés en fin XIXe (voir)... Sinon, rien, je ne sais rien de plus de son enfance.

Si ! Elle m'a raconté qu'une fois, elle a eu l'autorisation d'inviter Rose une de ses amies d'école à déjeuner au château. La cuisine devait être bonne et les plats abondants. Ma mère était impressionnée par la quantité de nourriture que son amie a pu avaler. Vers la fin du repas, elle vit sa copine se lever légèrement de sa chaine et se laisser retomber et ceci plusieurs fois. Surprise, ma mère lui a demandé: "Mais Rose, qu'est-ce que tu fais?". Et Rose de répondre en patois bourbonnais: "Y su gueude ! J'y aguale !". (Je suis pleine. Je tasse). Et ma mère de rire toute seule en évoquant ce souvenir.

Le parc et le château d'Auzon dans la brume d'automne

 

Les Palets d'Or


Le magasin existe toujours
Jeanne s'est mise à travailler assez tôt peut-être pour fuir cette belle-famille désagréable. Elle est devenue vendeuse dans une chocolaterie très connue à Moulins, "Les Palets d'Or". Ils avaient inventé le célèbre chocolat plat décoré d’une paillette d’or véritable imité partout dans le monde.

Ma mère me raconta qu'elle recevait parfois des membres de la famille du prince de Bourbon-Parme, habillés de vêtements élimés et discrètement reprisés. Une vieille femme voûtée mais digne regardait la vitrine des chocolats et s'adressant à un jeune homme efflanqué: "Monseigneur, de quelles ganaches avez vous envie?". 

Chez les Tabouis


Plus tard vers 1936, elle s'occupa de Rosine, la fille de Geneviève et Robert Tabouis. Elle était à l'héliocentre (sanatorium) de Font-Romeu pour être soignée de la tuberculose. Une fois guérie, elles restèrent très amies et Rosine devint ma marraine.  

Rosine s'est mariée à Robert Lefort, célèbre psy spécialiste de l'autisme et elle-même devint une célèbre psychanalyste pour enfants, adepte de Françoise Dolto et de Lacan. Elle a publié plusieurs livres qui font référence. Et Rosine n'appréciait pas du tout mon père. Peut-être est-ce à cause d'elle que ma mère a mis sept ans avant d'accepter de se marier. 

Rosine guérie, ma mère travailla vers 1937 chez ses parents et surtout pour Geneviève Tabouis, célèbre journaliste politique en son temps. Elle tenait une chronique quotidienne sur la radio de son mari, Radio Luxembourg, également PDG de Radiola. D'ailleurs, Monsieur Tabouis est venu au mariage de ma mère en 1943 et ma grand-mère était toute fière d'être au bras de ce monsieur si important (voir photo).

Geneviève Tabouis, chroniqueuse
politique très connue en son temps sur RTL

Ma mère était chargée par exemple de se renseigner auprès du Quai d'Orsay pour savoir qui avait la priorité protocolaire entre l'ambassadeur de Suisse et l'archevêque de Paris. Il ne fallait froisser personne pour les placements à table. En effet, la politologue recevait très souvent pour être à l'avant-poste de l'information. Ma mère assistait à ces repas et a appris beaucoup de choses pendant la guerre de 39/45.

Les Tabouis habitaient un très grand appartement au dernier étage d'un immeuble chic de la place Malesherbes (Paris 17e). On y allait mon frère et moi tous les ans chercher nos étrennes. J'étais impressionné par le grand ascenseur hydraulique avec fauteuils qui s'élevait majestueusement, poussé par un cylindre huileux jusqu'au cinquième étage. Je me suis toujours demandé comment on transportait ce gigantesque tube et comment on l'installait à l'époque.

Et ma mère se maria avec Roger Demeyer le 12 septembre 1942 en présence de Monsieur Tabouis.

 

La vie quotidienne avec maman

 
Je ne reviens pas sur la galère qu'elle a vécu avec mon père Roger (lire). Je décris sa vie de tous les jours et notre éducation. En effet, elle était quasiment seule à nous élever faute d'un père vraiment présent.  

Par la force des choses, ma mère pratiquait une économie de disette. Elle économisait sur tout. Elle nous disait "Il faut sortir de table avec sa faim" ou "On creuse sa tombe avec ses dents". Non, je ne me souviens pas d'avoir eu faim, mais par exemple, elle nous resservait les assiettes non terminées. Et le pain était sacré: pas question d'en laisser. J'allais chercher du lait aux Laiteries Parisiennes avec mon pot à lait métallique cabossé et elle recueillait toute la semaine la crème qui flottait pour en faire un gâteau le dimanche. Tous les dimanches, toujours le même. Elle cuisinait très bien et elle m'a transformé en gastronome exigeant et en amateur de cuisine. 

Bruno Jeanne Patrick Roger DEMEYER
Bruno, Jeanne, Patrick, Roger. Dans notre salon du Bd Malesherbes vers 1957

Mon frère et moi nous étions élevés à la dure. Ma mère ne laissait rien passer et elle avait la main leste. Pour les cas graves, c'est mon père quand il rentrait le soir qui était chargé de nous flanquer une fessée. C'est ainsi que nous sommes devenus des petits garçons très polis, sachant se tenir à table, un peu soumis, mais sans vie sociale. En effet, nos faibles moyens et le mobilier honteusement minable nous empêchaient de recevoir dans notre bel appartement ou de rendre des invitations d'amis. Nous étions des "handicapés sociaux".

Petite femme, grande dame


Jeanne DEMEYER vers 1923
Jeanne Hauterive en 1932 (à 26 ans) 
Jeanne n'était pas grande, un mètre 54, et elle s'étonnait d'avoir des enfants si grands. Je mesure 177 cm. Et je pesais 4,5 kilos à ma naissance, ce qui ne fut certainement pas une mince affaire. 
 
Très jolie, restée mince, elle avait cette particularité de toujours faire nettement plus jeune que son âge. Distinguée, très soignée de sa personne, elle avait une très bonne éducation et un maintien de mannequin. De manière étonnante pour une personne d'origine modeste, elle connaissait très bien le savoir-vivre des personnes riches, le protocole selon le quai d'Orsay et la position de tous les verres et couverts d'une table d'apparat par exemple.
 
Ma mère était sujette à des migraines très fréquentes et était insomniaque. Elle prenait des somnifères qui certainement ont accéléré ses problèmes de mémoire. Elle lisait beaucoup la nuit, mais on ne discutait jamais littérature. Elle écoutait de la musique sur notre radio grésillante de parasites. Elle me disait "Ça, c'est la cinquième de Beethoven. Il faut apprendre à reconnaitre les musiques". Ma foi, à huit ans, je me demandais bien comment il fallait faire. Aujourd'hui, la musique ayant été une passion, je suis un vrai "Shazam". Et ceci grâce aux petits chanteurs.

Petit chanteur : une ouverture sur l'Europe et la musique


Apprenant la création d'une manécanterie en 1955 dans notre paroisse Saint François de Sales, elle nous y inscrivit. Ce fut une période importante pour mon frère et moi mais avec beaucoup de contraintes. Quatre heures de répétition par semaine, services chantés de messes et surtout 45 jours de tournées en Europe pendant les vacances. Nous étions logés chez les habitants à chaque étape et cela fut une découverte culturelle et sociale extraordinaire. Mon premier voyage fut l’Angleterre à 10 ans. J'en ai gardé le sentiment que les Britanniques sont vraiment des êtres à part... Ainsi, nous avons parcouru l'Europe, de l'Allemagne à la Grèce en passant par l'Espagne et la Suède. Mais surtout, le répertoire de la chorale allait de Guillaume de Machaut à Olivier Messiaen: ma culture musicale fut forgée par ces dix ans de ma vie. Et j'en ai gardé également le goût du voyage. Jusqu'à présent, de l'URSS au Pérou, j'ai parcouru 43 pays différents.

Après la séparation

 

Lorsqu'elle décida de se séparer de mon père, c'est encore son amie Rosine qui lui trouva ce travail tranquille de dame de compagnie pour la maman malade et alitée d'un monsieur très riche. Il possédait un immeuble entier rue Greffulhe dans le 8e arrondissement. Elle y logeait dans un appartement constitué de trois anciennes chambres de bonnes et descendait au 4e aider cette femme. Lorsqu'elle mourut, son fils voulait vendre. Il fallait que ma mère parte. Heureusement, j'avais tout prévu.

La Résidence du Parc où mon père finit sa vie
A l'époque, j'avais acheté en 1974 mon local professionnel dans la zone artisanale de la Défense. J'habitais à Nanterre dans un HLM tout neuf, le MH7 dans le quartier de La Défense Zone B. Un trois pièces avec grand salon et une terrasse donnant sur le parc André Malraux. J'avais fait établir le bail au nom de Demeyer Patrick et Jeanne. Et lorsque j'ai emménagé dans l'appartement construit juste en face  que j'avais acheté sur plan, ma mère a emménagé dans mon ancien appartement HLM, juste dans les temps. Les HLM ont été furieux car elle n'avait pas droit à un trois pièces mais tout était légal. Ils n'avaient pas vu que Jeanne était ma mère.

Plus tard, j'ai obtenu pour mon père un studio dans la Résidence du Parc pour seniors donnant directement sur le parc André Malraux. Un sauvetage in extremis. Les impôts venaient de saisir son studio de la rue Brézin. C'est ainsi que j'ai reconstitué la famille, chacun chez soi mais pas loin. Ma mère recevait mon père pour le thé et moi tout le monde le dimanche. Et nous nous retrouvions aussi dans l'ancien presbytère de Vaunoise dans le Perche que j'ai passé 20 ans à retaper.

Hallucinations

 
Plus tard, ma mère commença à perdre la tête. Elle me téléphona une nuit pour me demander de venir expliquer au jeune couple qui s'était enfermé dans les WC qu'il fallait qu'il parte. Elle pensait aussi que des gens entraient chez elle et mangeait son repas quand elle était à la cuisine et faisait changer sa serrure blindée tous les mois. Je suis allé engueuler le serrurier indélicat qui changeait tout le système pour son plus grand bénéfice et non seulement le barillet. Abus de faiblesse.

Ma mère se cassa le col du fémur en glissant sur un de ses tapis et resta un certain temps à l'hôpital de Nanterre. L'opération faites par un ami chirurgien a réussi mais ils ne se sont pas occupé de la rééducation. Du coup, l'articulation se bloqua et sa hanche devint raide. 
 
J'ai vu dans cet hôpital combien le personnel soignant était indigent. Par exemple, les infirmières avaient noué le cordon de la sonnette au dessus du lit afin que ma mère ne puisse l'atteindre et sonner en cas d'urgence. On posait le plateau repas devant sa voisine de chambre incapable de se nourrir seule et on reprenait le plateau intact sans sourciller alors qu'elle geignait "J'ai faim ! J'ai faim". Et d'autres constats peu reluisants...

Par contre, l'hôpital supprima 12 des 13 médicaments (oui !) prescrits par son médecin et sa folie hallucinatoire a disparu. Vraiment ! Les médecins et la médecine... 

Hospices d'antan et mouroirs high-tech

 
Ma mère ne pouvait plus vivre seule, aussi, j'ai réussi à lui trouver une place dans la résidence Pasteur à Nanterre non loin de mon bureau. Malheureusement, elle sortait la nuit, se perdait dans la pénombre et retournait se recoucher. Et elle trouvait quelqu'un dans son lit. Sauf qu'elle se trompait de chambre... Il a fallu que je lui trouve une maison spécialisée pour personnes dépendantes. Quel parcours du combattant ahurissant! 

J'ai tout vu. Par exemple, un centre tout neuf soit disant spécialisé pour personnes sujettes à "une démence sénile" comme à Melun-Sénard, à près de 4000 euros par mois. L'ascenseur présentait une vingtaine de bouton pour 4 étages et ouvrait sur des paliers avec des couloirs dans trois directions. Ma mère ne retrouvait jamais sa chambre.  Et, sans surveillance, j'ai vu une vieille dame manger la terre des pots de fleurs. 
 
Et la maison de retraite à Bellême où j'avais ma maison de campagne! Les pensionnaires dinaient vers 17h30 afin que le personnel puisse rentrer chez lui tranquillement. Et on fermait les chambres à clé toute la nuit. Ma mère était enfermée avec une vieille dame qui passait son temps à fouiller partout et surtout dans les affaires de ma mère. 
 

La philosophie du Cantou


Le foyer Émilie de Rodat est une structure remarquable pour les personnes atteintes par l'Alzheimer
 
 
Enfin, j'ai découvert le Cantou Émilie de Rodat à Rueil-Malmaison. Situé en plein centre ville piétonnier, cette maison disposait de jardins. Ce n'était pas une maison de retraite mais un ensemble d'unités autonomes (des "cantous") de 10 à 12 chambres. 
 
Une astuce très simple permettait d'adapter la maison au niveau de sénilité  de chacun. Les pensionnaires étaient totalement libres. Pour sortir seul, il y avait un code à l'ascenseur du cantou. Et il y avait un autre code pour sortir se promener dans la rue. Il fallait s'en souvenir.
 
Chacun avait sa chambre avec son mobilier mais il y avait surtout une grande salle commune, le vrai centre de vie et d'animations. En particulier, la cuisine ouverte était au centre de cette pièce et chacun (enfin... chacune) aidait dans la mesure de ses moyens: faire la cuisine, mettre la table, voire même faire des courses... 
 
Le principe était de ne pas prendre en charge les seniors mais de maintenir toutes leurs capacités d'autonomie le plus longtemps possible par des gestes habituels de la vie passée. Des unités à taille humaine, avec toujours le même personnel: c'est un repère important. Une visite pour une pensionnaire se transformait en visite pour tout le monde. Une famille apportait un gâteau d'anniversaire qui était forcément partagé en 10 ou 12 parts. 
Un Cantou est une sorte de nouvelle cellule familiale
 
Le directeur disait "Même une personne complètement sénile, immobilisée dans son fauteuil, peut ressentir l'animation autour d'elle, sentir l'odeur de la soupe qu'on prépare ou des grillades. Cela maintien en éveil sa perception et sa mémoire au lieu de vivre isolée dans son lit".  Merci à Émilie de Rodat, cette religieuse provençale qui a mis en œuvre ce principe de vie intelligent et respectueux.

Ma mère y a vécu sereine et je crois pas malheureuse. Un jour, j'ai reçu un coup de téléphone étonnant: "Je suis désolée monsieur mais votre mère va mourir cette nuit. Venez rapidement la voir". Ma mère, couchée, ne s'alimentait plus. Elle était très faible. Je crois qu'elle a voulu se laisser mourir. Mon frère vint deux heures et repartit en Normandie. 
 
Effectivement, ma mère décéda à 5 heures 10 du matin à 89 ans.
 

Mon frère tel qu'en lui-même

 
Consciente de la baisse importante de ses facultés, ma mère me donna à temps une procuration pour m'occuper de ses comptes. Je découvris avec surprise qu'elle avait réussi à se constituer un pécule d'environ 30.000 euros d'aujourd'hui (2020). Bien conseillée par un directeur financier de La Poste, elle avait des placements juteux qui rapportaient de 10 à 14% ! Je continuais à gérer son portefeuille au mieux. 

Le foyer Emilie de Rodat, bénéficiait de l'APL (aide personnalisée au logement). Ma mère avait aussi les aides de la Cotorep (Alzheimer - non remboursable sur l'héritage) et du minimum vieillesse. Avec d'autres avantages que j'ai pu lui obtenir, le reste à charge était assez faible. Si bien qu'à son décès, surtout avec ses placements renouvelés par moi, il restait encore environ 25.000 euros à se partager. 
 
Bien sûr, au décès de ma mère, mon frère (éternel fauché) a mis en cause ma gestion de l'argent de notre mère. J'écrivais toujours à mon frère pour l'informer de toute décision importante. Il ne m'a jamais répondu. J'
avais été très prudent m'attendant à ce genre de comportement. 
 
Je lui écrivis une longue lettre assez sèche où j'ai récapitulé ses manquements et sa négligence vis-à-vis de notre mère. Je lui dis que les factures, les relevés bancaires, les souches de chéquiers et autres documents étaient à sa disposition. Et je lui signalais aussi une particularité que j'ai découverte sur un chéquier, à savoir un chèque de deux millions de francs anciens à son ordre dont ni ma mère ni lui ne m'avaient jamais parlé.

Encore une fois, il ne m'a pas répondu.


 

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